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avril 11, 2011 / dianerodrigues

WikiLeaks et la déontologie journalistique

Pour appliquer un raisonnement déontologique, il faut répondre à une question au centre de notre problématique ; est-ce que WikiLeaks fait du journalisme ? L’information que l’on trouve sur WikiLeaks est brute. Elle n’est généralement pas traitée ni mise en forme de la manière dont les médias traditionnels traitent l’information. Mais bien qu’elle ne soit pas considérée comme une organisation médiatique, elle joue toutefois un rôle indéniable dans l’espace médiatique actuel, et dans l’espace public.

Hors la loi ?

Dans cet interview, datant du 1er janvier 2010, Julian Assange avance : « We have lots of very significant upcoming releases, significant in terms of bandwidth, but even more significant in terms of amount of labour they will require to process and in terms of legal attacks we will get. So we need to be in a stronger position before we can publish the material. » Cela montre bien l’attitude du fondateur de WikiLeaks face à la législation auxquelles les actions de sont site internet peuvent être soumises. (Les Etats-Unis ont introduit une législation anti-Wikileaks, afin que les fuites concernant le gouvernement puissent être punies.)

Dans le même interview, il précise que les donations pour son site viennent de privés, car il ne veut pas accepter d’argent venant de gouvernements, et que beaucoup de ces privés sont des journalistes. Daniel Domscheit-Berg (ancien porte-parole de WikiLeaks, sous le nom de Daniel Schmitt) note qu’après l’affaire Julius Bär, l’organisation a reçu beaucoup de soutiens de journalistes, pour la simple raison que cela touchait à leurs intérêts : « protection des sources et liberté de la presse ». (Domscheit-Berg, « Inside WikiLeaks, dans les coulisses du site Internet le plus dangereux du monde », Grasset, 2011, p. 33).

WikiLeaks prône la transparence, la vérité, le droit de connaître les actions de son gouvernement. Il suffit de regarder les citations de la page d’accueil du site pour comprendre son engagement en faveur de la libre circulation de l’information.

Mais le système d’autoregulation journalistique ne paraît pas s’appliquer à des organisations telles que WikiLeaks. Pourtant celle-ci invoque l’argument de l’intérêt public. En étant pragmatique, il faudrait séparer les révélations de WikiLeaks des publications des médias traditionnels, en leur laissant le soin de décider si relayer les informations de WikiLeaks est conforme à leur ligne éditoriale et à leur code de déontologie.

Dénonciation de Reporters Sans Frontières

En août 2010, Reporters Sans Frontières publie une lettre ouverte au fondateur de WikiLeaks. La lettre dénonce « l’incroyable irresponsabilité » dont WikiLeaks à fait preuve en publiant les 92’000 documents et rapports de l’armée américaine en Afghanistan. En publiant le nom des habitants qui collaboraient avec l’armée américaine, WikiLeaks les a exposé à « des représailles de la part des talibans », selon un article du Monde.

Dans leur lettre à Julian Assange, Reporters Sans Frontières explique : « (…) publier sans discernement quelque 92 000 documents classifiés pose un réel problème de méthodologie, et donc de crédibilité. Un travail journalistique implique une sélection de l’information. L’argument par lequel vous vous défendez, selon lequel l’équipe de Wikileaks n’est pas composée de journalistes, n’est pas convaincant. Wikileaks est un média et, à ce titre, soumis aux règles de responsabilité de publication, comme tous les autres. » Cependant, Reporters Sans Frontières reconnaît le fait que les révélations de WikiLeaks étaient d’intérêt public, mais que le site ne peut pas « revendiquer le bénéfice de la protection des sources et renier au même moment votre qualité de média par opportunisme. »

Selon Le Monde.fr, WikiLeaks a répondu que le site n’avait pas les moyens d’effectuer un tri dans les rapports de l’armée américaine.

Les Une du New York Time, Der Spiegel, The Guardian. Source: owni.fr

Pourtant, les journaux Spiegel Online, The Guardian, et The New York Times ont collaboré avec le site dans les traitements, le tri et la publication des diverses informations sur la guerre d’Afghanistan.

Selon le New York Times, WikiLeaks aurait correctement protégé sa source, et n’était pas impliqué dans la recherche et le tri journalistique des informations. Les informations ont finalement étés traités par des médias reconnus. Et ce sont eux qui ont effectué le tri, les vérifications nécessaires et qui ont pris la décision de publier leurs articles. L’article d’Owni.fr cite le blog de Roy Greenslade, professeur de journalisme à la City University, qui dit clairement que WikiLeaks a rendu service au public en publiant ces documents et il conclut par le fait que WikiLeaks a été un site pionnier dans la révélation d’informations et qu’à ce titre mérite le soutien des médias contre les « forces réactionnaires » qui désirent le faire taire.

« Les risques d’erreurs sont nombreux pour les entreprises médiatiques, mais se focaliser sur les seuls écueils, c’est oublier que cette crise des médias est avant tout un moment de mutation. » (Grévisse, « Déontologie du journalisme », De Boeck, 2010, p. 11)



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