Skip to content
avril 11, 2011 / dianerodrigues

Avant-propos

Logo de WikiLeaks

Dans ce travail nous nous sommes intéressés au phénomène WikiLeaks, très présent actuellement dans les médias. Site internet déroutant, illisible pour certains, WikiLeaks est une incarnation de la révolution numérique.

Dans le monde des médias traditionnels, certains y voient un véritable renouveau du métier de journaliste, alors que d’autres y sentent une réelle menace, notamment d’un point de vue déontologique.

Nous nous sommes donc penchés sur ces liens nouveaux entre le site lanceur d’alertes et la presse. Il existe des rapports troubles, entre scoops, révélations et vérification de l’information. Si WikiLeaks a animé le débat dans l’espace public, c’est aussi et surtout grâce à l’aide des journaux. Beaucoup y ont vu une importante contribution à la discussion démocratique.

Puisque les publications se suivent à un bon rythme tout en abordant des sujets bien différents, nous avons choisi de ne pas nous arrêter aux câbles diplomatiques ou aux révélations sur l’Irak par exemple, mais sur les publications en général.

Nous nous sommes donc attelés  à répondre à deux questions principales :

  • WikiLeaks fait-il du journalisme ?
  • WikiLeaks peut-il être considéré comme un nouveau média ?

Nous commencerons par rappeler ce qu’est WikiLeaks et son fonctionnement. Puis nous donnerons les quelques dates marquantes qui ont jalonné l’histoire du site web. En suite, nous aborderons WikiLeaks par le biais des réseaux sociaux et l’image de l’organisation qui y est véhiculée. Par la suite, nous nous intéresserons la question de savoir si WikiLeaks fait du journalisme à l’aide des arguments des médias et acteurs du site. A cela, nous ajouterons quelques pistes réflexives au sujet de la déontologie journalistique et des pratiques de WikiLeaks. Enfin, nous essayerons de déterminer si WikiLeaks peut être défini comme une nouvelle forme de média. Pour terminer, nous avons demandé l’avis d’un expert, Edwy Plenel, journaliste français bien connu, en ce qui concerne ces questions.

Nous vous souhaitons une bonne lecture!

avril 11, 2011 / matthieuhenguely

WikiLeaks: Qui? Quoi? Comment?

WikiLeaks, un nom que tous ceux qui suivent les journaux d’informations ont entendu une fois ou l’autre. Pourtant, à part de nom, la plupart des gens n’en savent guère plus sur ce que fait ce site web. Même constat pour les personnages: outre la figure emblématique de Julian Assange, les acteurs qui œuvrent pour WikiLeaks restent très anonymes, voir fantômes. D’où la pertinence de tenter une présentation plus complète de l’un des sites le moins apprécié de l’administration US.

WikiLeaks, c’est quoi ?

WikiLeaks.org est un site web dit « lanceur d’alertes ». En d’autre terme, un site qui recueille les informations qui y sont déposé (de manière anonyme et le plus sécurisée possible) par les Internautes (d’où le nom « wiki », système participatif), les traite puis les publie.

Le but est d’acquérir et publier ainsi des informations qui n’auraient aucune chance de sortir des administrations, organisations, armées, entreprises ou autres structures (les « fuites » donc, « Leaks » en anglais).

Qui se cache derrière WikiLeaks ?

Un visage symbolise le site web : Julian Assange, 39 ans, Australien. Les autres forces vives de WikiLeaks vivent cachées. « Les principaux membres du site ne sont d’ailleurs connus que par des initiales. Difficile de savoir qui travaille avec Julian Assange. Un mystère destiné à se protéger, dit-il, d’adversaires redoutables », écrit ainsi l’hebdomadaire L’Express en novembre dernier.

Il est dès lors difficile de formuler le moindre chiffre, mais quelques indices peuvent être trouvés à divers endroits. « Le groupe (réd : WikiLeaks) inclut des journalistes accrédités, des programmeurs, des ingénieurs en réseaux informatiques, des mathématiciens et d’autres personnes », peut-on ainsi lire sur la homepage de WikiLeaks. De plus, le fait que jusqu’en octobre dernier, WikiLeaks n’ait pas d’entité juridique connue (jusqu’à la création de «the Sunshine Press», une société basée en Islande) a également permis au site d’entretenir ce mystère.

Le site web owni.fr (site français de « datajournalisme ») osait une estimation de 5 employés bénévoles qui faisaient tourner WikiLeaks le 21 octobre dernier.  Un chiffre confirmé par Julian Assange lui-même lors d’une interview faite par un journaliste-bloggeur, Stefan Mey, le 4 janvier. « Il y a probablement 5 personnes qui font ça 24 heures sur 24. Et environ 800 qui travaillent occasionnellement », indiquait alors l’Australien.

Un second nom d’acteur de WikiLeaks est connu, celui d’un technicien allemand ayant travaillé 3 ans (2007-2010) avec l’équipe de WikiLeaks avant de la quitter suite à des problèmes relationnels avec Assange. Il s’appelle Daniel Domscheit-Berg (aussi connu sous le pseudonyme de Daniel Schmitt), a été porte-parole de WikiLeaks et a écrit récemment un livre sur WikiLeaks (« Inside WikiLeaks, my time with Julian Assange at the world’s most dangereous website »). L’Allemand s’est également allié à un autre ex-hacker de WikiLeaks, connu sous le nom de « l’Architecte », pour lancer un site web concurrent OpenLeaks.

Le journaliste François Pilet a écrit dans le journal le Temps un portrait de cet homme le 14 février dernier et on y apprend beaucoup sur l’équipe qui a fait tourner WikiLeaks. En voici un extrait :

« (Dans le livre) apparaissent des personnages surprenants, jouant des rôles clés dans les coulisses de WikiLeaks: l’Architecte, programmeur de génie malmené par Assange et qui a fini par tourner casaque avec Domscheit-Berg, le Technicien, un postadolescent impassible et mangeur de yogourts, ou encore la mystérieuse Nanny, archétype maternel «qui entrait toujours en scène lorsqu’il fallait se charger d’une tâche que Julian ne voulait ou ne pouvait pas assumer».

» Daniel Domscheit-Berg raconte comment le «système WikiLeaks» menaçait en réalité de s’effondrer (…). «Comment aurions-nous pu collaborer à cent alors qu’on était incapables de s’entendre à cinq?» tranche Domscheit-Berg. Fin 2009, le site ne fonctionnait pour ainsi dire plus. WikiLeaks reposait alors sur «deux serveurs hors d’âge, prêts à rendre l’âme», et l’équipe ne disposait plus de serveur de courrier électronique. »

Lien vers l’article complet.

En résumé: WikiLeaks est une petite structure d’environ 5 personnes menées par le charismatique Julian Assange, qui s’attire toute la lumière, permettant ainsi à ses troupes de travailler discrètement derrière. Mais l’incarnation de WikiLeaks par Julian Assange n’a pas que des bons côtés puisqu’à l’origine de tensions internes qui ont amené en tout cas une scission au sein de l’équipe.

Comment ça marche?

Comme ici pour le site FrenchLeaks, WikiLeaks propose dans son interface un onglet « Submissions » où les Internautes peuvent venir déposer leurs documents. N’importe qui peu soumettre des documents.

Malheureusement pour la « mission » de WikiLeaks, le site, victime d’attaques (fermeture décidée par un juge, attaques d’autres hackers, etc.) n’est pas toujours opérationnel (ainsi, il ne nous a pas été possible d’y accéder ce week-end du 9 et 10 avril par exemple).

Le système est donc simple, l’utilisateur qui possède des documents (et peut importe de quelle façon il se les est appropriés) peut les donner à l’équipe de WikiLeaks (ou désormais aux équipes des clones FrenchLeaks, OpenLeaks, etc.) simplement via cet interface, de manière anonyme, de façon à ce que les gens de WikiLeaks ne sachent pas non plus d’où vient l’information (et ainsi ne puissent trahir les lanceurs d’alertes s’ils sont embêtés par la justice).

Une fois les documents récupérés, l’équipe de WikiLeaks peut alors les traiter. Dans le cas de la vidéo « Collateral Murder » (l’assassinat de civils irakiens par un hélicoptère Apache, lien vers Youtube), l’équipe de WikiLeaks a incrusté à l’écran ce qui se disait en sous-titres et à inséré certaines informations (p.ex. l’identification du journaliste tué lorsqu’il apparait à l’écran) à la vidéo.

L’étape ultime est alors la publication. Sur le site-même, ou en donnant les documents traités (« visionnés » serait plus juste sur de nombreux cas où aucun intervention n’a été effectuée) aux journaux partenaires qui vont alors faire le véritable travail journalistique de croisement des sources, et tout ce qui est nécessaire afin de rendre l’information publiable.

avril 11, 2011 / matthieuhenguely

WikiLeaks: Quelques dates marquantes

WikiLeaks, ce n’est pas que les câbles diplomatiques ainsi que les révélations autour des guerres en Irak et en Afghanistan. Depuis 2006, le site a « sorti » d’autres affaires – certes moins médiatisées – mais également intéressantes.

Voici en quelques lignes, une chronologie de WikiLeaks et de ses révélations.

 

 

2006

4 octobre Le nom du site web est officiellement déposé. Lancement définitif du projet WikiLeaks.

Décembre Le premier document est publié sur le site web. Il s’agit d’une note concernant un ordre d’assassinat politique en Somalie.

 

 

2007

Août Le journal britannique The Guardian publie une enquête en sourçant WikiLeaks

durant l’année Le site publie des documents administratifs relatifs au fonctionnement de la prison de Guantanamo.

 

 

2008

Janvier WikiLeaks publie des documents relatifs à la banque d’affaires suisse Julius Baer et ses pratiques d’évasion fiscale aux Îles Caimans. Suite à une plainte de la banque, un juge américain bloquera une première fois le site web.

Septembre Des captures d’écran de la boîte mail de Sarah Palin, alors candidate à la vice-présidence des USA, sont publiées par WikiLeaks.

 

 

2009

17 juillet WikiLeaks publie le rapport d’enquête de l’affaire Dutroux (lien vers un article du journal Le Figaro reprennant l’histoire)

novembre Affaire dite du « Climategate ». Wikileaks publie de nombreux documents (pincipalement des e-mails) qui remettent en cause les publications d’experts s’occupant des changements climatiques au Centre de recherche d’East Anglia. (Article du journal Le Monde suite à cette divulgation)

 

 

2010

5 avril Publication par le site web du film d’un raid d’un hélicoptère Apache à Bagdad. Durant ce raid, deux journalistes de Reuters et de nombreux civils sont abattus par les GIs embarqués dans l’hélicoptère. Premier grand « scoop » du site web. (Lien vers la vidéo, postée sur Youtube par WikileaksTV)

Mai Le soldat américain Bradley Manning est arrêté. Il est suspecté d’avoir donné de nombreux documents confidentiels à Wikileaks et notamment la fameuse vidéo. (Article du journal L’Express à son sujet)

26 juillet Le site publie 77’000 (puis 15’000 supplémentaires quelques mois plus tard) documents sur la guerre en Afghanistan (Le « Journal d’Afghanistan, 2004-2010 »). Le site web travaille alors en association avec les journaux The Guardian, Der Spiegel et le New York Times. Les Etats-Unis et certains gouvernements condamnent cette publication (lien TSR.ch).

12 août Reporters sans frontières dénonce l’irresponsabilité de Wikileaks dans une lettre ouverte à Julian Assange. Le fait de rendre public les noms de civils irakiens aidant les USA leur est reproché. Premières réelles critiques du site par des journalistes.

21 août Une plainte est déposée contre Julian Assange pour viol, en Suède.

22 octobre Wikileaks commence la publication de 400’000 rapports d’incidents en Irak, écrits par les GIs. Le journal Le Monde travaille également avec le site web.

18 novembre Un mandat d’arrêt international est lancé contre Julian Assange depuis la Suède.

28 novembre Début du « cablegate », la publication des câbles diplomatiques américains. Un nouveau journal commence une collaboration avec WikiLeaks: El Pais

17 décembre Le journal norvégien Aftenposten récupère les 250’000 câbles diplomatiques sans avoir signer d’accords avec Wikileaks. (Lien vers un Article du média en ligne Rue89)

 

 

2011

17 janvier Suite de l’affaire Julius Baer. Un ex-banquier du groupe (Rudolf Elmer) donne à Julian Assange lors d’une conférence de presse, deux CDs sensés contenir 2000 noms de clients de la banque fraudant le fisc. (Article AFP, repris par 24Heures)

23 janvier Publication de câbles diplomatiques par Al Jazeera et The Guardian « à la mode de WikiLeaks ».

12 février Le Temps annonce avoir reçu de WikiLeaks les « Swiss papers », 5’814 des 250’000 câbles diplomatiques

 

Pour la réalisation de cet article, nous avons utilisé deux articles signés Le Parisien et Challenge.fr ainsi que l’annexe chronologique du livre de Daniel Domscheit-Berg, « Inside WikiLeaks », Grasset, 2011, p. 327.

avril 11, 2011 / dianerodrigues

WikiLeaks et réseaux sociaux

L’utilisation des réseaux sociaux a explosé ces dernières années. D’abord l’apanage du grand public, les entreprises ou les organisations y ont vu à juste titre un outil puissant pour s’adresser à une communauté. Les réseaux sociaux sont un outil de communication de l’organisation vers son public, mais ils sont aussi un moyen de faire adhérer le public à une cause, en faisant partie intégrante de son quotidien. « Les réseaux sociaux deviennent pour elles des sources de veille et d’information. Elles les utilisent pour surveiller la cote de leur image et faire passer les détracteurs de leurs produits en véritable ambassadeurs acquis à leur cause. » (Real Del Sarte, Les réseaux sociaux sur Internet, Editions Alphée Jean-Paul Bertrand, 2010, pp. 11-12.)

WikiLeaks revendique cette idée de communauté sur le net : « Wikileaks is a global platform for Whistleblowers, in which internal documents can be published. The idea is that arcane knowledge becomes common knowledge and the world a better place. » dit cet interview de Julian Assange.

Facebook et Twitter

Il n’est alors pas étonnant de retrouver l’organisation de WikiLeaks sur les plus populaires des réseaux sociaux. Sur Facebook, la page officielle de WikiLeaks a 1 684 989 adhérents, au 7 avril 2011, et qui augmentent un peu plus chaque jour. Cela veut dire

1 684 989 utilisateurs qui reçoivent quotidiennement les news de l’organisation lorsqu’ils se connectent sur Facebook. Cette page propose également des fonds d’écrans au logo de Wikileaks et un extrait de leur catalogue de t-shirts à l’effigie de l’organisation.

Sur Twitter, Wikileaks a 845 501 abonnés au 7 avril 2011, et un total de 3844 tweets. Dans l’étude « Global Attitude Towards Wikileaks » (2010) D. Clayton, J. McDaniel et A. Sudarmawan note que Wikileaks a été un grand sujet d’interaction sur Twitter. Ils ont collectés les tweets et repartis entre quatre catégories ; messages positifs, négatifs, les messages d’informations et les blagues. La majorité des tweets au sujet de WikiLeaks sont informationnels. « (…) the most important use of Twitter is as a mean of spreading news and information rather that commenting on that news ». (D. Clayton, J. McDaniel et A. Sudarmawan (2010), p. 3.)

Cependant, cette même étude montre que les tweets concernant WikiLeaks sont devenus de plus en plus négatifs. Mais, l’important n’est pas le contenu mais la force de contact de ses réseaux, qui forment une caisse de résonnance de l’information.

De plus, cliquer « Like » sur Facebook indique à tous les contacts d’un utilisateur que ce dernier soutien ou aime l’organisation. De même que cliquer « Follow » sur Twitter signifie que l’utilisateur s’y intéresse. Nous pouvons émettre l’hypothèse que ces réseaux sociaux et ces fonctionnalités « J’aime » et « Suivre » sont capables d’établir un lien fort entre WikiLeaks et son public.

Réponses de la communauté

Dans son livre « Inside WikiLeaks », Daniel Domscheit-Berg décrit le gel du compte Paypal destinés aux donations à WikiLeaks. Il s’agissait d’un problème de statut de l’organisation, qui n’avait jamais prouvé à PayPal que WikiLeaks était une organisation d’utilité publique. Jusqu’à preuve du contraire, l’organisation de Julian Assange ne pouvait faire aucun retrait. Selon Domscheit-Berg, le New York Times débloqua la situation, en publiant un article demandant de soutenir le projet de WikiLeaks à la fin de septembre 2009. Selon un article plus tardif du New York Times, WikiLeaks a tweeté que PayPal « surrendered to U.S. government pressure ».

Les réactions ne se sont pas faites attendre, un groupe d’activistes et hackers anonymes ont revendiqué l’attaque du site de PayPal, Mastercard et le service de la Poste suisse en ligne.

Détracteurs ou défenseurs de la cause de WikiLeaks, le site fait parler de lui sur les réseaux sociaux. Les informations, les liens et les tweets sont transmis et retransmis par les utilisateurs. Aujourd’hui, ces réseaux sont d’une importance capitale, avec les médias, en ce qui concerne la formation d’une opinion publique. Et WikiLeaks n’a pas fini de faire parler de lui en réseau.

avril 11, 2011 / matthieuhenguely

WikiLeaks, du journalisme?

 

L’action de WikiLeaks, est-elle du journalisme à proprement parler ? Voilà une question qui a beaucoup fait écrire depuis environ une année et les publications réitérées du site lanceur d’alertes. Voici donc un florilège de ce qu’en ont écrit les mieux placés pour définir ce qu’est le journalisme : les rédacteurs eux-mêmes.

 

Du journalisme

C’est ce que WikiLeaks aimerait être. A témoin, leur homepage avec la mention « our journalists » (nos journalistes, voir l’image ci-dessus).

Cette thèse est aussi présente dans le documentaire « WikiLeaks : enquête sur un contre-pouvoir », de Luc Hermann et Paul Moreira (lien Youtube dès 8mn 23s). Et particulier un épisode qui y est décrit : la fameuse vidéo de l’attaque de civils irakiens par un hélicoptère US connue sous le nom « Collateral Murder ».

Ils feront là du véritable travail journalistique, appuyé par  un journaliste d’investigation islandais Kristinn Hrafnsson : Visionner comprendre, traduire le jargon militaire des pilotes avant de publier la vidéo. Bref, la rendre lisible.

Donc, si WikiLeaks ne fait pas toujours du journalisme à proprement parler, on peut identifier quelques moments où c’est vraiment le cas.

 

Du datajournalisme

Pour l’hebdomadaire français L’Express, WikiLeaks relève du « datajournalisme » ou journalisme de données. « Atout ? L’exhaustivité. Comment mettre en ligne, et rendre visible, des milliers d’informations ? », écrit L’Express, tirant un parallèle avec certains travaux récents de journaux comme le New York Times (qui a publié une carte new-yorkaise du crime) ou du site web français Owni, qui illustre l’information via des graphiques.

C’est aussi à cette conclusion qu’arrive le dirigeant de Mediapart et ancien rédacteur en chef du Monde Edwy Plenel dans l’interview qu’il nous a accordé. (Voir l’article « L’Expert – l’interview d’Edwy Plenel »)

Juste un outil

C’est une vision simple de ce que peut être WikiLeaks. Une sorte d’agence de presse qui fournirait des informations différentes, que les réseaux habituels (les agences de presse, AFP, ATS, Reuters, etc.) n’auraient pas.

Cet avis est notamment celui du journaliste au journal les Echos Jean-Christophe Féraud. « C’est une arme pour tous ceux, journalistes ou citoyens, qui cherchent encore la vérité derrière le mirroir, surtout quand elle dérange. » 

Pour Edwy Plenel, c’est ce qu’ont pensé les journaux au début de WikiLeaks. « Et ce fut leur erreur, puis WikiLeaks se veut un partenaire », rappelle-t-il.

Un allié des journalistes

Une remarque qui revient tout le temps lorsqu’on parle de journalisme en lien avec WikiLeaks, c’est l’alliance que le site web a formé avec certains des plus grands journaux au monde (le Monde en France, El Pais en Espagne, The Guardian en Angleterre, Der Spiegel en Allemagne et le New York Times aux USA).

Une alliance pas du tout anodine. Le site web owni.fr résume bien la chose. « WikiLeaks a soudainement gagné ses galons de journaliste enquêteur là où il apparaissait jusqu’à présent comme un ovni éditorial faisant certes bouger les lignes de l’information mais aux intentions parfois difficiles à cerner. » (lire article)

Une alliance obligatoire donc, mais pas sans conséquence pour le site. Il gagne en visibilité – on parle beaucoup plus WikiLeaks grâce à ceci – et réalise donc de jolis coup de pub. Par contre, le site perd de l’argent et ne peut se financer puisque son propre site n’est à peu près jamais utilisé par le quidam sur Internet.

Ainsi, le journal berlinois Tageszeitung, repris par le Temps écrit : « De fait, les sites des journaux sont boostés, mais paradoxalement celui de WikiLeaks est celui qui profite le moins des informations publiées, les véritables bénéficiaires en sont les médias classiques ». L’explication : « WikiLeaks a compris qu’il ne servait pas à grand-chose de soumettre à l’intérêt de ses contemporains plusieurs centaines de milliers de documents. Ceux-ci doivent d’abord être sélectionnés et interprétés pour devenir lisibles. C’est donc le travail des journalistes qui fait le succès de WikiLeaks. Et tant pis pour ceux qui affirment que la presse perd de l’influence à l’ère d’Internet».

Ce qu’en pense WikiLeaks

Lorsqu’on demande à Julian Assange comment les journalistes voient-ils sont site et pourquoi ils peuvent les aider, il répond :

« Il y a deux aspects : ils nous perçoivent comme une organisation qui facilite ce qu’ils font. Mais ils nous voient aussi comme un cas limite, puisque nous travaillons dans les cas les plus difficilement publiable. Et si nous sommes défait par la justice, ils seront dans la prochaine ligne. Si WikiLeaks tombe suite à une action en justice, ce précédent pourra être utilisé le lendemain pour faire tomber nytimes.com ou l’allemand Spiegelonline. » (traduction libre depuis l’interview de Stephan Mey)

avril 11, 2011 / dianerodrigues

WikiLeaks et la déontologie journalistique

Pour appliquer un raisonnement déontologique, il faut répondre à une question au centre de notre problématique ; est-ce que WikiLeaks fait du journalisme ? L’information que l’on trouve sur WikiLeaks est brute. Elle n’est généralement pas traitée ni mise en forme de la manière dont les médias traditionnels traitent l’information. Mais bien qu’elle ne soit pas considérée comme une organisation médiatique, elle joue toutefois un rôle indéniable dans l’espace médiatique actuel, et dans l’espace public.

Hors la loi ?

Dans cet interview, datant du 1er janvier 2010, Julian Assange avance : « We have lots of very significant upcoming releases, significant in terms of bandwidth, but even more significant in terms of amount of labour they will require to process and in terms of legal attacks we will get. So we need to be in a stronger position before we can publish the material. » Cela montre bien l’attitude du fondateur de WikiLeaks face à la législation auxquelles les actions de sont site internet peuvent être soumises. (Les Etats-Unis ont introduit une législation anti-Wikileaks, afin que les fuites concernant le gouvernement puissent être punies.)

Dans le même interview, il précise que les donations pour son site viennent de privés, car il ne veut pas accepter d’argent venant de gouvernements, et que beaucoup de ces privés sont des journalistes. Daniel Domscheit-Berg (ancien porte-parole de WikiLeaks, sous le nom de Daniel Schmitt) note qu’après l’affaire Julius Bär, l’organisation a reçu beaucoup de soutiens de journalistes, pour la simple raison que cela touchait à leurs intérêts : « protection des sources et liberté de la presse ». (Domscheit-Berg, « Inside WikiLeaks, dans les coulisses du site Internet le plus dangereux du monde », Grasset, 2011, p. 33).

WikiLeaks prône la transparence, la vérité, le droit de connaître les actions de son gouvernement. Il suffit de regarder les citations de la page d’accueil du site pour comprendre son engagement en faveur de la libre circulation de l’information.

Mais le système d’autoregulation journalistique ne paraît pas s’appliquer à des organisations telles que WikiLeaks. Pourtant celle-ci invoque l’argument de l’intérêt public. En étant pragmatique, il faudrait séparer les révélations de WikiLeaks des publications des médias traditionnels, en leur laissant le soin de décider si relayer les informations de WikiLeaks est conforme à leur ligne éditoriale et à leur code de déontologie.

Dénonciation de Reporters Sans Frontières

En août 2010, Reporters Sans Frontières publie une lettre ouverte au fondateur de WikiLeaks. La lettre dénonce « l’incroyable irresponsabilité » dont WikiLeaks à fait preuve en publiant les 92’000 documents et rapports de l’armée américaine en Afghanistan. En publiant le nom des habitants qui collaboraient avec l’armée américaine, WikiLeaks les a exposé à « des représailles de la part des talibans », selon un article du Monde.

Dans leur lettre à Julian Assange, Reporters Sans Frontières explique : « (…) publier sans discernement quelque 92 000 documents classifiés pose un réel problème de méthodologie, et donc de crédibilité. Un travail journalistique implique une sélection de l’information. L’argument par lequel vous vous défendez, selon lequel l’équipe de Wikileaks n’est pas composée de journalistes, n’est pas convaincant. Wikileaks est un média et, à ce titre, soumis aux règles de responsabilité de publication, comme tous les autres. » Cependant, Reporters Sans Frontières reconnaît le fait que les révélations de WikiLeaks étaient d’intérêt public, mais que le site ne peut pas « revendiquer le bénéfice de la protection des sources et renier au même moment votre qualité de média par opportunisme. »

Selon Le Monde.fr, WikiLeaks a répondu que le site n’avait pas les moyens d’effectuer un tri dans les rapports de l’armée américaine.

Les Une du New York Time, Der Spiegel, The Guardian. Source: owni.fr

Pourtant, les journaux Spiegel Online, The Guardian, et The New York Times ont collaboré avec le site dans les traitements, le tri et la publication des diverses informations sur la guerre d’Afghanistan.

Selon le New York Times, WikiLeaks aurait correctement protégé sa source, et n’était pas impliqué dans la recherche et le tri journalistique des informations. Les informations ont finalement étés traités par des médias reconnus. Et ce sont eux qui ont effectué le tri, les vérifications nécessaires et qui ont pris la décision de publier leurs articles. L’article d’Owni.fr cite le blog de Roy Greenslade, professeur de journalisme à la City University, qui dit clairement que WikiLeaks a rendu service au public en publiant ces documents et il conclut par le fait que WikiLeaks a été un site pionnier dans la révélation d’informations et qu’à ce titre mérite le soutien des médias contre les « forces réactionnaires » qui désirent le faire taire.

« Les risques d’erreurs sont nombreux pour les entreprises médiatiques, mais se focaliser sur les seuls écueils, c’est oublier que cette crise des médias est avant tout un moment de mutation. » (Grévisse, « Déontologie du journalisme », De Boeck, 2010, p. 11)



avril 11, 2011 / dianerodrigues

WikiLeaks peut-il être considéré comme un nouveau média?

Définitions

Pour commencer, Le Petit Robert définit un média comme une « technique, support de diffusion massive de l’information (presse, radio, télévision, cinéma). »

Mais dans son ouvrage, « Sociologie de la communication et des médias », Eric Maigret ajoute : « Le terme média renvoie habituellement aux supports techniques et économiques utilisés pour transmettre des messages de façon large (radio, télévision, etc.) ou plus restreinte (le téléphone ou la lettre). Il renvoie aussi à l’idée de technique pure de communication : internet mobilise les ressources de l’écrit, de l’image et du son. » (Maigret, « Sociologie de la communication et des médias », Armand Colin, 2004, p. 256).

WikiLeaks est-il une nouvelle forme de média ?

Certes, le web permet de rendre accessible une information à un large public, mais ne permet pas de diffuser un message massivement, ni un outil de mise en commun de l’information. WikiLeaks est une organisation apparue grâce à la l’évolution du web et est donc soumise aux mêmes règles.

WikiLeaks n’est donc pas un média au sens large du terme. Mais il l’est certainement au sens restreint. En tant que site « boîte au lettres », il reçoit puis transmet des documents. Et même plus que ça, grâce à internet, il les rend publics. Cependant, WikiLeaks est à l’entre-deux, il est un support technique rendant public des documents, mais ne les diffuse pas à un large public. Les documents sont à la disposition des journalistes, et du public.

Selon Edwy Plenel, fondateur de Mediapart (dont l’interview se trouve dans le prochain article), WikiLeaks est un nouveau média. « Ils ont inventé quelque de chose de nouveau, cette idée du datajournalisme : mettre des données, des documents en accès libre, sans commentaires. » Selon lui, WikiLeaks n’est pas une simple source, mais est un site partenaire des médias traditionnels de part son engagement pour la libre circulation de l’information. Nous pouvons donc penser que WikiLeaks est une forme de nouveau média qui va transformer la pratique du métier de journaliste.